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mercredi 22 avril 2015

Se perdre


"Se perdre signifie qu'entre nous et l'espace il n'y a pas seulement un rapport de domination, de contrôle de la part du sujet, mais aussi la possibilité que ce soit l'espace qui nous domine. Il y a des moments de la vie où nous apprenons à apprendre de l'espace qui nous entoure. [•••] Nous ne sommes plus capables de donner une valeur, un sens à la possibilité de se perdre.

Changer de lieu, se confronter à des mondes différents, être contraint de recréer continuellement des points de référence, est régénérant à un niveau psychique, mais aujourd'hui, plus personne ne conseille semblable expérience. Dans les cultures primitives, en revanche, si l'on ne se perdait pas, on ne pouvait pas grandir. Et ce parcours se déroute dans le désert, dans la forêt, des lieux qui sont une espèce de machine à travers laquelle on parvient à de nouveaux états de conscience."

Franco La Cecla, Perdersi, l'uomo senza ambiente, 1988

jeudi 16 avril 2015

L’affiche rouge

Vous n’avez réclamé ni gloire ni les larmes
Ni l’orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servis simplement de vos armes
La mort n’éblouit pas les yeux des Partisans

Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L’affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu’à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants

Nul ne semblait vous voir Français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l’heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE

Et les mornes matins en étaient différents
Tout avait la couleur uniforme du givre
À la fin février pour vos derniers moments
Et c’est alors que l’un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan
Un grand soleil d’hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le coeur me fend

La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d’avoir un enfant
Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent

Vingt et trois qui donnaient le coeur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant

Louis Aragon, Le Roman inachevé

jeudi 9 avril 2015

Écrire

Si on savait quelque chose de ce qu'on va écrire, avant de le faire, avant d'écrire, on n'écrirait jamais. Ce ne serait pas la peine.

Maguerite Duras, Écrire

mercredi 8 avril 2015

Eighties



Lettre de Charles Baudelaire à Richard Wagner

[Paris.] Vendredi 17 février 1860

Monsieur,

Je me suis toujours figuré que si accoutumé à la gloire que fût un grand artiste, il n’était pas insensible à un compliment sincère, quand ce compliment était comme un cri de reconnaissance, et enfin que ce pouvait avoir une valeur d’un genre singulier quand il venait d’un Français, c’est-à-dire d’un homme peu fait pour l’enthousiasme et né dans un pays où l’on ne s’entend guère plus à la poésie et à la peinture qu’à la musique. Avant tout, je veux vous dire que je vous dois la plus grande jouissance musicale que j’aie jamais éprouvée. Je suis d’un âge où on ne s’amuse plus guère à écrire aux hommes célèbres, et j’aurais hésité longtemps encore à vous témoigner par lettre mon admiration, si tous les jours mes yeux ne tombaient sur des articles indignes, ridicules, où on fait tous les efforts possibles pour diffamer votre génie. Vous n’êtes pas le premier homme, Monsieur, à l’occasion duquel j’ai eu à souffrir et à rougir de mon pays. Enfin l’indignation m’a poussé à vous témoigner ma reconnaissance ; je me suis dit : je veux être distingué de tous ces imbéciles.

La première fois que je suis allé aux Italiens pour entendre vos ouvrages, j’étais assez mal disposé, et même je l’avouerai, plein de mauvais préjugés ; mais je suis excusable ; j’ai été si souvent dupe ; j’ai entendu tant de musique de charlatans à grandes prétentions. Par vous j’ai été vaincu tout de suite. Ce que j’ai éprouvé est indescriptible, et si vous daignez ne pas rire, j’essaierai de vous le traduire. D’abord il m’a semblé que je connaissais cette musique, et plus tard en y réfléchissant, j’ai compris d’où venait ce mirage ; il me semblait que cette musique était la mienne, et je la reconnaissais comme tout homme reconnaît les choses qu’il est destiné à aimer. Pour tout autre que pour un homme d’esprit, cette phrase serait immensément ridicule, surtout écrite par quelqu’un qui, comme moi, ne sait pas la musique, et dont toute l’éducation se borne à avoir (avec grand plaisir, il est vrai) quelques beaux morceaux de Weber et de Beethoven.

Ensuite le caractère qui m’a principalement frappé, ç’a été la grandeur. Cela représente le grand, et cela pousse au grand. J’ai retrouvé partout dans vos ouvrages la solennité des grands bruits, des grands aspects de la Nature, et la solennité des grandes passions de l’homme. On se sent tout de suite enlevé et subjugué. L’un des morceaux les plus étranges et qui m’ont apporté une sensation musicale nouvelle est celui qui est destiné à peindre une extase religieuse. L’effet produit par l’introduction des invités et par la fête nuptiale est immense. J’ai senti toute la majesté d’une vie plus large que la nôtre. Autre chose encore : j’ai éprouvé souvent un sentiment d’une nature assez bizarre, c’est l’orgueil et la jouissance de comprendre, de me laisser pénétrer, envahir, volupté vraiment sensuelle, et qui ressemble à celle de monter dans l’air ou de rouler sur la mer. Et la musique en même temps respirait quelquefois l’orgueil de la vie. Généralement ces profondes harmonies me paraissaient ressembler à ces excitants qui accélèrent le pouls de l’imagination. Enfin j’ai éprouvé aussi, et je vous supplie de ne pas rire, des sensations qui dérivent probablement de la tournure de mon esprit et de mes préoccupations fréquentes. Il y a partout quelque chose d’enlevé et d’enlevant, quelque chose aspirant à monter plus haut, quelque chose d’excessif et de superlatif. Par exemple, pour me servir de comparaisons empruntées à la peinture, je suppose devant mes yeux une vaste étendue d’un rouge sombre. Si ce rouge représente la passion, je le vois arriver graduellement, par toutes les transitions de rouge et de rose, à l’incandescence de la fournaise. Il semblerait difficile, impossible même d’arriver à quelque chose de plus ardent ; et cependant une dernière fusée vient tracer un sillon plus blanc sur le blanc qui lui sert de fond. Ce sera, si vous voulez, le cri suprême de l’âme montée à son paroxysme.

J’avais commencé à écrire quelques méditations sur les morceaux de Tannhäuser et de Lohengrin que nous ]avons entendus ; mais j’ai reconnu l’impossibilité de tout dire.

Ainsi je pourrais continuer cette lettre interminablement. Si vous avez pu me lire, je vous en remercie. Il ne me reste plus à ajouter que quelques mots. Depuis le jour où j’ai entendu votre musique, je me dis sans cesse, surtout dans les mauvaises heures : Si, au moins, je pouvais entendre ce soir un peu de Wagner ! Il y a sans doute d’autres hommes faits comme moi. En somme vous avez dû être satisfait du public dont l’instinct a été bien supérieur à la mauvaise science des journalistes. Pourquoi ne donneriez-vous pas quelques concerts encore en y ajoutant des morceaux nouveaux ? Vous nous avez fait connaître un avant-goût de jouissances nouvelles ; avez-vous le droit de nous priver du reste ? – Une fois encore, Monsieur, je vous remercie ; vous m’avez rappelé à moi-même et au grand, dans de mauvaises heures

CH. BAUDELAIRE.

Je n’ajoute pas mon adresse, parce que vous croiriez peut-être que j’ai quelque chose à vous demander.


mardi 7 avril 2015

Bombyx mori



L'esprit créateur de l'univers

Origine Causale de la Conscience, de l'Esprit et de l'Énergie universelle

Cette découverte date de 1985 mais est restée ignorée depuis.

Pour comprendre l'univers, ou l'esprit, ou quoi que ce soit, il faut partir de son ABSENCE. Donc du NÉANT dans le cas de l'Etre. Partir de quelque chose c'est renoncer à comprendre car ce quelque chose doit être expliqué. 

Comprendre l’univers, c’est d’abord comprendre l’esprit puisque tout est intérieur à la conscience. Je ne peux avoir conscience de quelque chose qui ne soit pas DANS ma conscience.

La cause de l’esprit est dans l’IMPOSSIBILITÉ du néant pourtant NÉCESSAIRE (seul le NÉANT n’a pas besoin de cause pour le justifier, c'est ce qui fait sa supériorité sur toute autre éventualité).

Le néant est nullité infinie et infinité nulle. S’il n’est pas infini, il y a autre chose. S’il n’est pas nul, il y a quelque chose. Ces deux principes sont donc nécessaires au même titre que le néant, et doivent être confondus.

L’infini est nécessairement nul. Penser que l’infini puisse être quelque chose est absurde, c’est la négation de toute logique, l’affirmation d’une substance sans commencement ni fin et sans cause. Autant dire « Dieu ». La Logique commence à partir du moment où on reconnaît que si infini il y a, il est nul. Il ne peut avoir la moindre caractéristique car cela le limiterait.

Donc il n’y a pas de conscience infinie ni d’univers infini. Il n’y a qu’une NÉCESSITE que l’infini soit, puisque le néant est nécessaire en tant que Tout. Cela est la source de toute énergie. Toute éventualité tend nécessairement vers l’infini. L’infini est irréalisable : il n’y a pas de nombre infini. Il n’y a qu’une tendance, et cette tendance est l’évolution universelle de toutes les potentialités.

Par ailleurs, si l’infini serait forcément nul, rien n’implique au contraire que la nullité soit infinie. La nullité c’est simplement l’absence de valeur. Il n’y a pas de nombre nul. Ce n’est pas un nombre pas plus que l’infini. Toute valeur peut être absente. Donc la nullité est-elle nécessairement infinie ? Non. La nullité peut s’appliquer à toute éventualité mais pas forcément. Elle ne s’applique d’ailleurs pas à la question de l’Etre puisqu’on la constate irrévocablement : Je Suis. Il est donc clair que la nullité n’est pas forcément infinie même si le néant est nécessaire. Alors que l’infini, lui, est forcément nul. Ces deux principes ne peuvent donc pas être confondus.

Ainsi, l’unité des deux principes nécessaires au néant est impossible du « point de vue » de la nullité (du « point de vue » de l’infinité, elle est). LA CONSCIENCE EN EST LA CONSÉQUENCE, qui consiste à ce que l’infinité se place « à l’extérieur » de tout « centre ». Le maintien perpétuel de cette distinction est le principe de conscience non situé, donc situé « en tout centre ».

La conscience est donc un phénomène de RÉPULSION par rapport à l’infini, qui engendre l’effet d’ESPACE. Mais comme la réalité effective de la nullité a pour objectif le néant, elle ne peut faire autrement que tendre vers l’infini sans jamais l’atteindre. C’est le TEMPS, qui est ATTRACTION, ou AMOUR, également du « point de vue » du zéro cherchant à intégrer l’infini. Ensemble conscience et amour constituent la dualité de l’esprit qui, vu de l’extérieur, est appelé ENERGIE MAGNÉTIQUE et constitue le TOUT.

Franck Hatem

Mégalithe



lundi 6 avril 2015

Elle n'est pas la vie

Il y a toujours du personnel dans l'écriture, même la plus détachée, apparemment. Pourtant, c'est dans le détachement qu'elle permet de la vie immédiate, des émotions spontanées, que je l'aime le plus. Je suis un homme de seconde main: je suis meilleure la deuxième fois, un peu usé, souligné, annoté, couverture déchirée, dos décoloré, page manquante. Neuf, je casse. J'aime le langage, la littérature, parce qu'elle n'est pas la vie. Si elle l'était, pourquoi écrire?

Lapin fou