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lundi 26 septembre 2016

Le Plongeur

"Grandis, ô corps, et saisis l'horizon!
Tu le possèdes en esprit déjà ce mirage
Qui se prolonge sous toi dans l'extase du saut.
De tes deux bras grands ouverts et de ta face au soleil levée,
Tu l'étreins ce monde physique dans les replis de ton ombrage.
Ce n'est qu'un instant fabuleux de possession;
Puis tu piques de la tête au fond des abîmes glauques.
Tu sors de là tout ruisselant,
Comme un matin de rosée."

François Hertel, "Le Plongeur" (extrait), Mes Naufrages, 1951

dimanche 25 septembre 2016

La Canada Malting


Haunting


Cap Canaveral


Sans titre (Façade fenestrée), vers 1953-1956

" «Se peut-il, après-tout, qu'en dépit des briques et des visages rasés, ce monde où nous vivons déborde de prodiges, et que moi-même et toute l'humanité cachions sous nos dehors vulgaires des énigmes que les étoiles mêmes et peut-être les plus grands séraphins ne sauraient résoudre?» écrit Melville dans Pierre.

Un dimanche de juin, tôt le matin. Il avait plu après minuit, et l'air et le ciel se sont miraculeusement dégagés. Les rues sont vides et les boutiques fermées. Un coup d'oeil sur les choses avant que quiconque les ait vues.

Au coin de la rue il y a un immeuble de bureaux abandonné. Les murs ont été repeints et les seize fenêtres ont été récemment lavées et maintenant elles brillent. À l'intérieur il y a des miroirs et des fenêtres sur cour, mais aucun mobilier. Tout est très bien ordonné sauf quelques fissures encore visibles sur la façade et la peinture écaillée sur le trottoir. 

La clarté de notre vision est une oeuvre d'art."

Charles Simic, Extrait de Alchimie de brocante: L'Art de Joseph Cornell

jeudi 22 septembre 2016

Veille et rêve

"Certes, dès qu'elle est franchie, la symétrie reprend ses droits. Je consens, je soutiens même que, veille et rêve, l'un soit la réplique de l'autre et qu'on ne puisse pas les distinguer, qu'il n'existe rien dans la veille dont le rêve ne sache se procurer un simulacre tel que l'esprit doive obligatoirement s'y méprendre. J'avoue, je mets en fait qu'on éprouve de chaque côté de la limite exactement les mêmes impressions, en particulier la même impression de réalité. Mais je nie qu'on puisse confondre un glissement à l'absence avec une aptitude à l'alerte, qui trouve à la sortie du sommeil, en quelques instants, sa parfaite acuité."

Roger Caillois, Extrait de L'incertitude qui vient des rêves

Eyes Wide Shut


Messe de saint Sécaire


mardi 20 septembre 2016

Des déserts

"En chacun de nous, il y a comme une ascèse, une partie dirigée contre nous-mêmes. Nous sommes des déserts, mais peuplés de tribus, de faunes et de flores. (...) Et toutes ces peuplades, toutes ces foules, n'empêchent pas le désert, qui est notre ascèse même, au contraire elles l'habitent, elles passent par lui, sur lui. (...) Le désert, l'expérimentation sur soi-même, est notre seule identité, notre chance unique pour toutes les combinaisons qui nous habitent."

Gilles Deleuze, Extrait de Lettres et autres textes

mardi 13 septembre 2016

Stèle


La fente

« Dans un texte violemment poétique, Lawrence décrit ce que fait la poésie : les hommes ne cessent pas de fabriquer une ombrelle qui les abrite, sur le dessous de laquelle ils tracent un firmament et écrivent leurs conventions, leurs opinions ; mais le poète, l’artiste pratique une fente dans l’ombrelle, il déchire même le firmament, pour faire passer un peu de chaos libre et venteux et cadrer dans une brusque lumière une vision qui apparaît à travers la fente, jonquille de Wordsworth ou pomme de Cézanne, silhouette de Macbeth ou d’Achab. Alors suivent la foule des imitateurs qui ravaudent l’ombrelle avec une pièce qui ressemble vaguement à la vision, et la foule des glossateurs qui remplissent la fente avec des opinions : communication. Il faudra toujours d’autres artistes pour faire d’autres fentes, opérer les destructions nécessaires, peut-être de plus en plus grandes, et redonner ainsi à leurs prédécesseurs l’incommunicable nouveauté qu’on ne savait plus voir. »

Gilles Deleuze, Extrait de Qu’est-ce que la philosophie ?

dimanche 11 septembre 2016

Endless Poetry

Écrire

"Écrire comme on assassine: sans pitié, sans régression émotive, avec une précision et un style intraitable, Que l'écriture retentissse cet acte fondamental premier : tuer. Créer la beauté homicide."

Hubert Aquin

jeudi 8 septembre 2016

Red Flag


L'amour de la littérature

"On ne raconte jamais les choses telles qu'elles sont parce que, avant d'avoir été racontées, elles n'existent presque pas. Disons plutôt qu'elles n'existent que sur le mode de la réalité et que le mode du récit est totalement différent et, lâchons le mot, supérieur. L'avouerai-je? Je crois de tout mon coeur autant et plus à la vérité de la littérature qu'à celle de la réalité. Adolphe, Justine, Vautrin, Julien Sorel, Odette Swann et Aurélien et même la princesse de Clèves et Chimène sont plus vrais pour moi... Au-delà d'une certaine puissance de rêve, on accède d'ailleurs à la littérature. Chateaubriand et Péguy , le général de Gaulle et le maréchal Staline, Disraeli et Churchill et Jeanne D'Arc et Lawrence d'Arabie ne sont pour moi que des héros de romans. Je ne m'en vante pas, je m'en confesse. C'est ce qu'on appelle, je crois, l'amour de la littérature."

Jean d'Ormesson, Extrait de Au revoir et Merci

Black Hole


Je ne représente pas

"Je ne représente pas, je présente. Je ne dépeins pas, je peins. Et quand je peins, j'ai l'impression que je suis encore en vie."

Pierre Soulages