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mardi 7 juillet 2015

A la tête du fleuve

Tu accomplis l'heure de ressemblance
Enfance ô mon pays entier
Je te retrouve au fond de ma mémoire
Telle la main chantante d'un fleuve à cinq feuilles
Je m'embarque dans le haut souvenir

Mon amour me porte

Je jetterai le grain sur les champs enneigés
Je jetterai le feu dans l'aine des chemins
J'étendrai la rosée dans mes mains fatiguées
J'inventerai tout ce que j'aime
 
Le vent d'ouest recompose l'arbre de mes nuits
Je reconnais le soleil à son ombre
Toute la mer descend dans mon pays
Je dirai depuis le commencement
La fenêtre de fleurs qui m'entr'ouvrait le monde
 
Je vivrai dans un geste continu
 
Je revois ma maison d'anciennement
Ma mémoire est un sentier de montagne
J'avance en regardant la terre
Le ciel me soulève les mains vers le visage
Accepterai-je la blessure de ma bouche
 
Saurai-j e le poids d'un corps qui se lève
 
J'appelle et je nomme
L'instant d'une épée au fond de mes yeux
J'assemble le pain et les verdures d'odeur
Je plante une colonne sous ma nuque
J'ajuste la rivière à mes épaules

Un éclair d'oiseau relie ma tête à l'événement
 
A plat ventre c'est à même le sol
Que je fais mon lit
Je baigne de salive les hauts flancs du feu
Mes mots germent dans le souffle des choses
Et ma bouche unit chaque instant de l'homme.
 
Terre dont je sens pousser l'épi sur ma langue
J'attacherai dans une même gerbe
Chaque plaisir et chaque pleur de tes printemps
J'en ferai une phrase épousant l'horizon
 
J'en fais un pont qui joint ma porte au monde
 
Je grandis en prenant appui sur mon passé
J'imagine la saison habitable
D'un bond je vogue dans l'aire des fleurs
Et l'humus me recouvre d'une laine chaude
 
O enfance cette main à cinq feuilles
Etendus en travers de mon pays
Je remonterai par l'onde de ton poignet
Les villes en veilleuses de berceaux
Et déjà ton visage entier comme une mer!

Gatien Lapointe, Liberté 

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