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samedi 20 décembre 2014

L’inconscient subjectif

C’est celui du sujet personnel de l’individuation de l’agencement d’énonciation (ou éventuellement, d’un agencement collectif sujet d’énonciation). Dans le type de catégorisation que je proposerai, on verra que, à chacune de ces dimensions, il y a plusieurs éventualités, plusieurs types de projections machiniques : une éventualité trou noir, éventualité d’abolition, de collapsus sémiotique ; des éventualités diagrammatiques, c’est-à-dire de modes de fonctionnement, de composantes de passage ; puis, un autre statut qu’on définira après.

L’inconscient subjectif peut basculer dans un type de trou noir névrotique, œdipien, etc., mais plus spécifiquement, on en trouvera une illustration avec la névrose obsessionnelle comme formation de reterritorialisation, en réponse à une perte de consistance d’expression. Dans cette première dimension des agencements appliquée au champ de l’inconscient, au niveau de la composante d’expression, on aura un système de territorialisation des signes qui, éventuellement, pourrait aussi déboucher sur les névroses hystériques, comme autre mode de rabat de ces trous noirs d’expression sur des champs territorialisés. Le premier rabat serait sur un certain type de structure linguistique – structure de fonctionnement de la langue en tant que telle ; et dans l’autre cas, ce serait plutôt l’établissement, non pas d’un métalangage, mais de ce qu’il faudrait appeler un protolangage, incluant des éléments de toute nature, à la fois somatiques mais aussi situationnels, transférentiels, d’image, de rapports familiaux, etc..

Cette première dimension d’expression de l’agencement dans le champ inconscient peut, donc, passer dans un registre de trou noir, mais peut aussi passer dans un registre diagrammatique : il y a possibilité de le modifier en tant que tel, c’est-à-dire de modifier le mode de sémiotisation particulier de l’agencement, ou le mode de codage (ou de ce qui en est l’équivalent). Et c’est là qu’on peut avoir un certain travail de l’agencement au niveau de sa composante d’expression. Je prends un exemple qui m’est le plus familier, celui de Kafka, avec ses techniques d’éloignement ou de grossissement sémiotique, d’accélération ou de ralentissement, de corporéisation, d’incarnation, d’entrée dans des devenirs, en particulier dans des devenir-animaux : toute une politique de possibilisation des agencements.

Dans cette dimension de l’inconscient, soit subjectif, soit engagé dans ces devenirs de modes de subjectivation différents, il y a, sur un versant, une potentialité d’entrer dans des systèmes névrotiques, des systèmes de trou noir ; sur un autre versant, des possibilités de créationnisme au niveau de la composante d’expression (qu’on trouvera, évidemment, dans la création littéraire, artistique, etc.) qui, tout naturellement, auront un certain rapport avec les formations psychopathologiques, névrotiques. Elles pourront coexister. Ce n’est pas tout ou rien. On peut très bien avoir un processus diagrammatique dans un processus névrotique, et vice-versa.

Félix Guattari, Extrait de Les quatre inconscients

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