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mardi 4 novembre 2014

Le corps, le voir, le dire

Ici, une tempête a déjà frappée la Gaspésie, une cinquantaine de centimètre. Surprenant comme première dégelée. Sur l'île de béton, rien encore mais l'odeur de l'hiver déjà rôde. J'ai toujours raffolé des parfums de glace bleue avant l'arrivée de la grande Blanche, mais cette année les effluves sont moribonds. Le ciel est bas, gris, touffu et aucun vent n'agite les branches évidées. Tout est figé comme le corps et l'esprit des gens.

Quand le temps se fixe, la mort rôde.

Je cherche un mouvement autre que l'agitation qui m'habite, mais le lin demeure silencieux. Rien ne grince mais rien n'est paix. J'ai toujours de longues périodes d'incubation après des périodes intenses, mais là, aucune projection qui serait un combustible assez puissant pour marquer un territoire. Le pictural est toujours affaire de délimitation.

Des pistes que je cherche chez la tribu africaine du Mali, les Dogons en lien avec le premier langage, en lien avec celui que me parle M-a au sujet de Lacan concernant sa lalangue. «Le langage, dit Lacan, est fait de lalangue; c'est une élucubration de savoir sur la langue.» Mon obsession doit venir de ce premier langage signé qui est le mien, où l'observation extrême de la plastie est la fondation de ce dire gestuel.

Le corps, le voir, le dire, dans cet ordre.

Dans mon histoire, j'ai vu tellement de chair mutilées par la maladie où l'accident de peau devenait un outil de lecture pour mieux saisir le langage de l'être que je n'arrive pas à comprendre cette obsession du lisse sur les corps, cette façon de colmater les pores et les ridules du dire. Les plis sont des mots.

Le monde est maintenant lisse, ça hurle, enfermé. 

11 commentaires:

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    1. Merci petite sœur. Tes mots me font plaisir.

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  2. "Rien ne grince mais rien n'est paix" et "Les plis sont des mots" sont les deux pépites que j'emporterai de ce texte fort.
    La dernière phrase aussi. On dirait qu'on vit dans le même monde à la même époque. Je ressens toutes ces choses.
    Ça va péter quand, tu crois, Mimi?

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    1. Le délire est commencé mais en début d'année, ça sevrait y aller bon train dans le pétage mais bon, y'a tellement de fiction tissé dans la trame que personne ne sait vraiment plus de qui en retourne de quoi. Tu sais Carl, je ne sais pas si c'est le fait d'être nées quasiment à la même heure mais ton voir et ton senti font sens chez moi comme une langue connue. Un genre de «On rentre enfin à la maison». Je ne me rappel pas de la teneur des conversations que nous avions au Cégep (mémoire défaillante) mais je me souviens du sentiment de langage connu et de la lumière blafarde de «l'aquarium» ou nous jasions avant de rentrer dans la classe. Rassurant et en même effrayant que ça le soit. C'est ce qui est clair dans ses souvenirs de nos échanges. Donc l'idée du même monde, je suis d'accord.

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  3. Je note ta prophétie. Tu devras en rendre des comptes. À prime abord ça me semble plausible.
    Mes souvenirs de l'aquarium sont effectivement ceux d'une lumière blafarde, de poussière, des grosses bottes noires de Pierre Garon. Les cassettes de The Cure qu'il me prêtait, toutes un peu crasseuses. Les gens fumaient dans les corridors du CEGEP, ça fait drôle d'y penser. Toi tu étais surtout attentive, peu bavarde, à l'occasion un éclat de voix. Mais on savait où tu te situais, on le sentait. De mots, je ne me souviens pas non plus.
    Je visite si rarement, et jamais avec plaisir, les souvenirs de cette période. Au point où je me demande ce qu'il m'en est resté de bon. J'aimais l'ambiance du labo de photo. Et prendre de l'acide...
    J'ai revu Pierre Garon par hasard quelques années plus tard, probablement vers 2000-2001. Il avait une bonne job d'informaticien, 1 ou 2 enfants, une grosse barbe, une perruque, un costume tout propre avec une cravate mauve. Bizarre...

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    1. Hé! Hé! Je sais peu de choses ici-bas mais je sens et je vois mais le doute c'est un lieu apaisant, loin des dogmes. :)

      La lumière rouge du labo de photo était un endroit rassura-+nt. Pierre Garon aura toujours le costume ancré dans l'âme. Je me souviens clairement de son odeur. Putain, une cravate mauve. Ah! Ah! Bizarre, oui. L'état dans lequel je me trouvais à cette époque, était innommable. J'y retournerais pas même si j'ai eu de bons moments avec les gens. C'est pour moi dans une autre vie mais l'aquarium, c'est un souvenir limpide aussi fort que le noir des cours d'histoire de l'Art avec Alain. Dieu qu'il était passionnant! Mon cours préférée.

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  4. J'aime bien raconter cette fois où il avait donné un cours sur Joseph Beuys hors des heures de cours (pendant la pause midi) en précisant que ce n'était pas obligatoire de venir, et qu'il n'y aurait pas de question là-dessus à l'examen... Et pratiquement tout le groupe était là quand même! Les profs qui peuvent réussir ça sont probablement rarissimes...

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    1. Je m'en souviens pas mais je devais y être. Tu avais accès à un savoir digéré, pensé et personnalisé. Faut entrer dans la matière pour ce faire et en ressortir. Non, peu de professeur se dévoue autant, sinon par passion et par nécessité. Rarissime est le bon mot. C'est à cause de lui que je suis restée en graphisme d'ailleurs. Après la deuxième année, je voulais quitter. Il m'a dit lors d'une rencontre, termines, prends les connaissances et ne fais pas ce qu'ils te disent de faire. Utilises ton pouvoir créatif pour aller contre la machine. À l'époque je trouvais ça noble mais aujourd'hui, je dirais que c'est un plan suicidaire. Je n'ai jamais pliée à aucun dictât, c'est en moi (trop de respect pour l'art) mais jamais percée en grand chose. C'est le prix bien souvent de dire non et de protéger le feu.

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    2. Oui, son conseil reflétait l'idéologie du baby-boom. Il avait fait Woodstock, ce mec. Nous, la génération X, on n'a plus cette foi.
      De mon côté, je ne crois pas que je vais réussir à percer avant de crever, mais j'estime que quand je serai parti, ça laissera un trou.
      (percer/crever/trou... la comprends-tu?)

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  5. "Les plis sont des mots"... Les mots sont pliés, repliés sur eux-mêmes, en nous-mêmes. Ils nous rident bien avant que ça se voit, souvent. Mais il y a des plus précoces que d'autres, comme l'incertain adolescent que je fus. En ce temps-là, celui de la grande taupe, je ne savais pas encore que je serai bien, bien des années plus tard, parcouru par les mêmes sillons. Le corps, les mots, ce sont de vrais passoires. Lequel des deux enveloppe l'autre? Va savoir, va voir, va toucher, va donc dire et donner la bonne réponse. Les accidents de mots, ça peut déclencher de belles avalanches pour ceux qui les regardent de loin... Pour ceux qui les reçoivent en pleine figure, dans le creux du ventre ou drette sur le tibia, c'est pas drôle. Les mots sont accidentels, fait par accident, par hasard. Ils n'accidentent pas tous ni tout, et pas d'opération Nez-Rouge pour nous ramener à la maison sans dommage, sain et sauf.
    Si la peau peut devenir "un outil de lecture pour mieux saisir le langage de l'être", ça doit être que toucher, c'est lire tout le non-lisse, le caché, le transcrit sous la peau.
    Ce lire-là est un dialogue, entre deux entre-deux.
    Ce lire-là doit être aussi polyphonique: https://www.youtube.com/watch?v=vC9Qh709gas&index=38&list=PLF48B0B8C207627B0
    (L'ex-lapin, l'ex-fou, ou l'ex-deux, qui sait...)

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    1. Je n'aurai jamais besoin de signature pour reconnaître ta voix ou ton débit. Faut être fou pour l'avoir seulement imaginé. C'est bon de te lire.

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